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L’art de vivre de manière exquise


Les descendants des monarchies dans le monde entier et de tout temps intriguent les gens, devenant pour eux un modèle à suivre. Il suffit de rappeler le bouton défait du roi Édouard VII. Quand il était encore prince de Galles, il souffrait déjà de surpoids et son gilet était un peu trop serré. Un beau jour, il avait cessé de fermer le dernier bouton pour que le gilet eût un meilleur tombant. En signe de respect, tous les hommes de la cour britannique – suivis par tous les autres habitants de l'Angleterre et de ses colonies – cessèrent, eux aussi, de fermer le dernier bouton de leurs gilets.


Où que vous soyez résident, vous avez dû être confronté aux lois et aux conditions de vie de tel ou tel pays. Car chaque État a ses particularités. Les lois et les conditions de vie y sont prédéterminées par ses dimensions, par sa situation géographique, bien favorable ou pas tellement, par son statut à part, son histoire et ses traditions.

Mais que signifie, en fait, « savoir-vivre d’aujourd’hui » ? Nous avons assez longuement examiné cette question et nous en avons discuté avec certains des plus brillants représentants de l'aristocratie mondiale. L'essentiel n'était pas tellement dans ce qu'ils disaient, mais dans la façon dont ils le faisaient et dans les sentiments qu'éveillaient en nous leurs propos. Et voilà qu’une fois la réponse est venue d'elle-même : c'était la présence d'une liberté intérieure.


Les « pseudo-aristocrates » n'ont pas cette liberté. Ils essaient de faire rentrer leur vie dans un moule et d'imposer à leur entourage de vivre aussi dans ce moule qu'ils ont inventé.


Lorsque nos pédagogues de La Classe enseignent les bonnes manières et les règles de la bonne conduite dans la haute société, ils se mettent tous unanimement d'accord à propos d'une chose : ce qui importe plus que tout, ce sont les qualités humaines.


Il s'agit de celles comme le sens de l'humour, la bienveillance, la bonté, la lumière intérieure, la probité et la droiture. La culture et la bonne éducation qui vont de pair avec les qualités humaines, donnent naissance à une personnalité splendide. Quant au moule imaginaire – il n'y est pour rien.


La seule et unique aristocrate amenée à faire rentrer sa vie dans le moule prescrit – c'est la reine d'Angleterre, qui, pour sauvegarder la monarchie, après avoir compris que le 21esiècle dicte de nouvelles exigences, a transformé le quotidien de la cour anglaise en une sorte de show-téléréalité depuis 1969, permettant aux journalistes de suivre chacun de ses pas aux feux des projecteurs. C'était fait à l'anglaise – joliment et avec dignité. Mais n'oublions pas que c'est son travail, d'être « reine », c'est son formel statut sociétal. Elle reste parfaitement aristocratique, mais elle est astreinte à jouer un rôle supplémentaire, en vertu du fait qu'elle est le pilier de la société britannique.


La couronne n'est pas un chapeau. Quand on n’exerce pas le métier du roi, en aucun cas on ne doit s'approprier son image – ce que les aristocrates ne font jamais.


Même le Prince de Monaco, Albert II, s'octroie des moments de liberté intérieure et d'ironie. C'est, d'ailleurs, justement l'ironie, l'autodérision et le bon goût qui sont les qualités laissant transparaître le naturel aristocratique. Alors que l'absence des qualités précitées est plutôt propre aux insignes représentants des classes moyennes, qui essaient d'exercer le métier des « souverains », sans que cela soit nécessaire.


Ce qui rend les aristocrates différents des autres, c'est qu'ils ne jugent et ne condamnent jamais personne publiquement et à haute voix, comme le font certains spécimens des classes moyennes, qui imposent toujours leurs visions et leurs idées de noblesse à ceux qui les entourent. En plus, déjà, non seulement ils les imposent mais ils proposent aussi leurs interminables commentaires – ce qu'un aristocrate ne se permettra jamais. Cette équation sociale, il la résout dans sa tête.


Là, bien sûr, il ne faut pas oublier de mentionner le langage du corps. Le corps du pseudo-aristocrate trahit toujours sa crispation, tandis que celui qui a grandi dans un milieu affranchi se comportera toujours librement mais comme il faut. Observez un peu les soirées-galas, au moment où l'orchestre se met à jouer, et vous verrez à quel point saute aux yeux la multitude de gens dont les visages se pétrifient instantanément à la vue des premiers invités, envahissant la piste de danse. Un tel signe d'émancipation est considéré par les « nobles convives » comme un geste indigne de la classe supérieure qui est pour eux quelque chose de lourd, de monumental et de froidement snobe (ce qu'ils sont eux-mêmes, le plus souvent, sans s’en rendre compte). Retenons-le bien : les aristocrates dansent et, en plus, avec grand plaisir !


Malgré cela, bien sûr, ils savent excellemment comment se tenir correctement dans le beau monde, où poser leurs serviettes, quand quitter la table et comment disposer leurs couverts, ils savent repérer celui qui lève son verre pour porter un toast. Comment tenir leurs verres – ça, ils savent également. Ils connaissent le protocole, les règlements des emplacements et de la conversation à table. C'est tout autre chose s'ils savent et ressentent avec subtilité, à quel moment ils peuvent finement se défaire de ces règlements.


Nous voilà arrivés à la conclusion que le vrai code culturel – c’est le règlement multiplié par la liberté intérieure. Voilà pourquoi, tâchons de ne pas confondre l’image de l’aristocratisme tel qu’il est dans les esprits naïfs, avec la manière dont pensent et se comportent les aristocrates-mêmes ainsi les personnes bien élevées.


(C) Anastasia Antares