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Distinctions interculturelles du small talk

« Il [le Français] aime à montrer son esprit et ne se fait pas scrupule de sacrifier une partie de la vérité à une sail- lie. » - I. Kant.

Critique du jugement suivie des observations sur le sentiment du beau et du sublime


Un small talk est toujours une chance de réussite. Lorsque deux personnes se rencontrent et entrent dans le premier contact verbal, elles concluent généralement très rapidement à quel point leur interlocuteur est intéressant, et décident, si elles veulent continuez la conversation avec lui, comprennent qui est cet individu.


S'il s'agit du domaine de l'hospitalité, on en tire des conclusions sur toute l'institution, toute la maison, et non sur le seul employé qui a maintenu la conversation avec le client.

Déjà au cours d'un court échange de deux ou trois phrases, tout devient généralement clair : si l'on aime ou pas la voix, les manières, l'accent de l'interlocuteur, qu'est-ce qu'il dit et comment. Aime-t-on ce qui est exprimé par son corps ou ses mains ? En conséquence, des personnes très différentes, en fait, après avoir échangé de quelques banalités, peuvent facilement faire un portrait psychologique l'un de l'autre. Donc, oui, pour un négociateur un small talk est une chance de réussite, une chance que son vis-à-vis ait une opinion adéquate de lui, une opinion dont le négociateur a besoin.


En effet, il est difficile de prédire quand et avec qui une brève communication imprévue se produira, mais le plus souvent ce n'est pas "la reine ou le roi britannique", nous devrons donc aller au-delà des limites classiques. Pour quoi ? Pour renforcer les liens, gagner la sympathie des clients et des partenaires, faire de nouvelles connaissances et maintenir les anciennes, et, après tout, combler quelqu'un de bienfaits, sans le faire exprès, l'aider (ça arrive, non ?) ; pour être connu comme un bon interlocuteur, parce que pour un bon interlocuteur, comme on le sait, toutes les portes s'ouvrent et un bon interlocuteur est sûr d'être invité à nouveau.


On peut avoir deux tâches sur ce trajet : entamer la conversation et la maintenir.

Les psychologues assurent que pour un extraverti, le small talk n'est pas un problème ou quelque chose qui provoque un sentiment de malaise ou des difficultés. Et si ce sont un introverti et un extraverti qui se rencontrent, ce dernier dominera et le premier écoutera.

Mais, chers psychologues, ce ne sera pas un small talk. Parce que le small talk, comme le jeu de ping-pong, n'a rien à voir avec un monologue.



En Angleterre, le small talk est conçu en premier lieu pour raconter à notre interlocuteur, discrètement et dans une ambiance détendue, qui nous sommes. INDIRECTEMENT, VEUILLEZ BIEN NOTER.

Par exemple, dans une université réputée, il y a une certaine diction qu'un étudiant s'approprie durant la période d'enseignement. Les gens qui ont fait leurs études à Eton se reconnaîtront toujours, même s'ils oublient de porter leur cravate universitaire. Il suffit d'ouvrir la bouche et de dire quelques mots.

En principe, en Angleterre, un small talk permet aux gens qui ne se connaissent pas de comprendre le niveau d'éducation de leur interlocuteur et de voir à quelle classe sociale il appartient. Parce qu'en Angleterre c'est le système des classes qui est dominant. C'était encore Nancy Mitford qui a expliqué il y a plusieurs dizaines d'années, comment on peut déterminer avec certitude l'appartenance à une classe sociale spécifique. Elle a écrit un livre sur le langage.

Alors, oui, le small talk en Angleterre c'est vraiment deux phrases sur la météo négligemment jetées, ils n'ont même pas besoin d'autres sujets.

Grosso modo, deux phrases – et on peut tout comprendre. La diction, l'expression du visage, le coté émotionnel lors de la prise de parole vont dire quelque chose de très important sur celui qui s'est prononcé.



Toute ces « tournures à l’anglaise » sont démunies de leur sens si nous parlons de l'Italie. En Italie le small talk peut commencer à tout moment et n'a aucun objectif.

Juste une semaine après le déconfinement lié au coronavirus et l'ouverture des frontières au mois de mai 2020 nous avons dîné dans un restaurant à Venise. Les gens occupant les tables voisines ont commencé à parler les uns avec les autres durant les premières minutes après avoir pris leurs places. Ils ont dit que c'était formidable de retourner aux restaurants, ils ont apprécié le choix du vin, ils ont raconté comment ils allaient. « Eh bien, voilà enfin ! C'est formidable ! » Leur discussion était aussi vive qu'on avait une grande envie d'y participer.

Un tel small talk décontracté n'a aucune charge sémantique en Italie. On peut l'entamer avec un serveur, ou un hôte de salle qui vous accompagne jusqu'à la table, avec n'importe qui. Voilà un troisième groupe d'Italiens entrent et dit bonjour à nous tous – tous qui sont assis dans la salle.

Le small talk à l'italienne - c'est 100% du temps qu'un Italien passe hors du domicile. Il entre dans une communication compréhensible avec le monde.

Il faut oublier toutes les bonnes moeurs anglaises quand on est sur le sol béni de l'Italie. En fait, « lorsque vous êtes à Rome, faites comme les Romains », c'est un proverbe anglais connu depuis 1530. Les anglais ont tout bien compris.




La France... Disons qu'un Français parle de la météo quand il n'est pas intéressé. Parce qu'il connaît depuis l'école les principaux ouvrages de Montaigne, Pascal, Descartes, La Rochefoucauld. Ce n'est pas seulement durant une année à l'université mais c'est depuis l'école qu'on apprend à un enfant français à réfléchir, philosopher, raisonner. Cela explique en grande partie le fait que le modèle de la parole des Français est construit sur la base du fait qu'il doit savoir manier la parole comme une épée.

Les Français ne se permettent pas ces étranges conversations sur rien. Et un small talk en France n’aura peut-être pas d’une charge sémantique particulière, mais les Français essaieront de surprendre l'interlocuteur par la logique narrative, une déclaration ou une pensée éloquente. Cela veut dire que pour un Français ce court duel verbal (et c'est comme ça qu'il s'imagine un échange de salutations et, en principe, n'importe quel acte de communication) est important pour impressionner l'interlocuteur, en quoi il se diffère des Anglais.


Les rivaux éternels : l'Angleterre et la France. Quand un Anglais parle de manière détendue de la météo, un Français essaiera de faire du small talk une sorte d'art verbal.


En ce qui concerne le small talk américain, il y a un moment si éloquent dans le film de Yuri Dud' (un célèbre blogueur-journaliste russe) sur la Silicon Valley. Yuri Dud' pose une question sincère à un habitant local – pourquoi les gens en Amérique entament un small talk n'importe où et à tout temps, car, en fait, c'est tellement... hypocrite. La réponse est la suivante : « Il ne s'agit pas de l'hypocrisie, c'est juste qu'ils ont été élevés comme ça ».

En Amérique, c'est vraiment le cas. Si nous parlons d'affaires, alors c'est la phrase suivante qui fonctionne : « Cartes sur table, mettons-nous au travail. Qu'est-ce que t'as ? » Autrement dit, lorsqu'il y a une question d'affaires particulière, un Américain ne perdra pas de temps pour un small talk.

Mais si vous allez au-delà des relations de travail et vous vous trouvez dans la file d'attente dans le Starbucks, là, un Américain aura l'habitude de commencer un small talk en conformité avec toutes les lois de la vie locale. L'essentiel est que personne ne soit stressé. « Tes chaussures sont si cools », « Oh, quelles lunettes ! », « Où as-tu acheté cette chemise ? » Nous entendons constamment et partout des compliments sur nos vêtements, nos accessoires, en entrant dans n'importe quel magasin - à New York, Los An- geles, Miami - partout on demande : « Où as-tu acheté de telles chaussures ? » Il est important de noter ici que de tels compliments aux objets – c'est une habitude exclusivement américaine et dans une autre société, un tel compliment NE SERAIT PAS LE BIENVENU. Même si vous aimez vraiment un objet concret, un Européen fera un compliment au goût du propriétaire qui l'a choisi. Mais c'est en Europe, et en Amérique, nous le répétons, on fait des compliments aux objets partout. Au début, cela paraît surprenant et troublant, puis cela devient agréable, provoque une réaction sincère, puis on réalise que c'est ce même small talk américain. Et on ressent du dépit, comme Yuri Dud'.



Mais quel est, en fait, le problème ? Pourquoi Yuri Dud’ ressent-il du dépit ?

Parce que même dans la Russie moderne, beaucoup de gens ne commencent que très rarement un small talk, le fait difficile à comprendre pour nos collègues européens. C'est apparemment une sorte de mémoire qui est toujours vivante depuis l'époque où, chaque mot de trop dit aux voisins, pouvait causer une déportation au goulag. Pendant trop d'années se sont enracinées dans l'inconscient collectif des réflexions suivantes : « pas par téléphone », « il ne faut pas dire trop de mots », les citoyens ont l'habitude de se taire : « pour ne pas provoquer des conséquences indésirables ». On a vu apparaître des idiomes sur « les paroles au poids de l'or », les gens ont perdu l'habitude de parler, ils n'aiment pas les questions inutiles.

Les formules de politesse acceptées par les Français peuvent provoquer un rejet dédaigneux dans l'âme russe, car elle peut les considérer comme pas tout à fait sincères, même simulées. Et pour un Français l'absence de réponse témoigne de l'absence d'une éducation adéquate.

On trouve une belle illustration au fait qu’« il ne faut pas dire trop de mots » dans le film Ninotchka, où Greta Garbo joue une commissaire politique soviétique. Les bolcheviks vendent des bijoux des tzars à Paris. Ninotchka s'occupe de cette vente, puis retourne en Union soviétique. Et puis, avec des camarades de Paris, ils se rencontrent dans la cuisine d'un appartement communal. Le film démontre de manière comique et très claire, pourquoi ils ne peuvent pas se livrer aux souvenirs ou même parler tout simplement.

Il est commun en Finlande, après des discussions de groupe actives, lors d'une conférence d'affaires par exemple, que le silence règne pendant la pause-café. Plusieurs collègues sont assis à la cafétéria à la même table, sirotant un café en silence.

Pour les Américains, ce serait pour le moins une situation inhabituelle. Le sentiment de silence est lourd et un small talk aide à surmonter le malaise. Nous avons besoin d'une conversation mondaine pour montrer que nous sommes impliqués dans la vie sociale et pour souligner l'intérêt envers l'interlocuteur.

Si nous mettons un Américain à la table des Finlandais, nous allons voir, que malgré de vrais efforts, il n'arrivera pas à animer une discussion pendant la pause. Il arrivera par contre à trouver des auditeurs silencieux.

Le fait est que pour un Finlandais, le silence dans les lieux publics est une zone de confort. Les Finlandais préfèrent écouter plutôt que de parler.

La deuxième raison est liée à leur réticence à entrer dans des conversations mondaines. Ils les considèrent comme des bavardages inutiles.

Il n'y a pas de small talk en Finlande.

S'ils considèrent quelque chose comme important, ils passent immédiatement à l'affaire et s'expriment, mais s'ils perçoivent le sujet comme insignifiant, ils préfèrent de ne pas participer à la discussion.


L'un de mes EXEMPLES CLASSIQUES préférés de small talk est celui entre la reine du Royaume–Uni et la chancelière allemande Angela Merkel.
La chancelière Merkel arrive et la reine prend ses fonc- tions d'hôtesse. Elle la salue, bien sûr, et dit qu'elle est contente de la voir, ensuite elle jette en passant : « J'ai entendu que vous avez eu une journée très chargée aujourd'hui ? » - à quoi Angela Merkel répond avec de la bienfaisance et un sourire, tout en conformité avec sa culture : « C'est mon devoir d'avoir des journées chargées ». Avec cette réponse simple, elle montre son attitude envers le travail, son intelligence, son éducation, son caractère allemand. La chancelière trouve tout de suite la réponse, et ne semble pas trop banal. Elle met l'accent sur le fait que c'est son devoir, une question d'honneur.

Anastasia Shevchenko




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